Michel Coluche et René Metge. Une histoire de mecs !

3 juillet 2026

Le 19 juin 1986, Michel Colucci nous quittait, laissant derrière lui un vide irremplaçable. Coluche est décédé à cause du sport mécanique qu’il a tant aimé depuis sa plus jeune enfance passée à Montrouge. Cette commune des Hauts-de-Seine est une ville populaire où des milliers de réfugiés de nations différentes vivaient paisiblement. Dans les années 60, René Metge et Coluche n’avaient pas encore de moto. Cependant, ils se retrouvaient au bistro du coin pour siroter une grenadine en regardant les motards en herbe de Montrouge et de Malakoff qui avaient pour habitude de garer leurs gros cubes en terrasse. C’est d’ailleurs dans les bistrots de Montrouge que l’artiste puisait son inspiration : « Moi aussi, je fais de la barre parallèle ! Je passe de bar en bar ! » Pendant que René Metge poursuivait ses études de mécanicien préparateur, Michel Coluche ne voulait pas être considéré comme un enfant de banlieue d’après-guerre. Alors, il cherchait par tous les moyens de s’en sortir. Voisins de la première heure avenue de la République à Montrouge, la rencontre entre René Metge et la sœur de Michel, Danielle Colucci, était inévitable. René devient plus tard le beau-frère de Coluche.

Michel Coluche, Georges Monneret, Alain Dagan, René Metge

Pour s’amuser dans les rues de Montrouge, les deux enfants de la balle commencent par emprunter le triporteur d’un copain. Le cyclo leur sert à se faufiler à toute vitesse entre les automobilistes pour faire des livraisons de fleurs pour Monette, la mère de Coluche, qui était fleuriste à Montrouge. René avait vite deviné que Coluche était passionné de vitesse et d’adrénaline, c’est la raison pour laquelle il l’emmène sur le circuit de Linas-Montlhéry pour voir les 24 heures moto où courait son pote Georges Monneret.

En 1960, sous les conseils du pilote Alain Dagan, René Metge se lance dans la compétition à moto sur une Derbi 50 CC, dès 1961, puis avec une Terrot 250 en 1964. Coluche, de son côté, part vers d’autres horizons en rejoignant le Café de la Gare dirigé par Romain Bouteille. Les deux compères deviennent des habitués des circuits : Linas-Montlhéry, de Rouen-les-Essarts, de Dijon-Prenois et Magny-Cours.

Malgré leurs parcours différents, ils ne se quittent plus, chacun observant de près la carrière de l’autre. Coluche scrutait les performances de René sur la Cooper, la R 12 Gord, la Dolomite Sprint, la Rover 3,5 L et la BMW Texaco, plus tard sur le Paris-Alger-Dakar avec la Range Rover, puis avec la Porsche Rothmans en 1984.

Quant à René, il suit les débuts prometteurs de Michel sur les planches. En fait, ces deux-là étaient complices et inséparables parce qu’ils partageaient la même passion.

Étant de Malakoff, je fais la connaissance de René Metge en 1968, lorsqu’il courait sur une Cooper’S à Monthléry, puis ensuite avec la R 12 Gord pour l’écurie de Renault Colin Montrouge. Mes parents étaient commerçants à Malakoff et clients de l’établissement Colin. En 1970, René rachète le garage de son patron, Lucien Forestier, situé avenue Pierre Brossolette, à Malakoff (à 300 mètres de chez mes parents). À cette époque, le garage était sous le nom de la concession  »British-Leyland », puis il devient  »Autorama 92 ». Comme je venais tout juste de passer mon permis, René m’envoie chez Blaynac-Moto Montrouge le week-end pour donner un coup de main à l’écurie sur les épreuves du championnat de France. Une manière de me mettre le pied à l’étrier. Ensuite, début 1980, René m’encourage à devenir copilote FFSA, puis en Rallye-Raid FISA et FIA, ce que j’ai assuré durant 19 ans.

Dans les années 70/80, Michel Coluche avait pour habitude de passer au garage pour saluer René et toute l’équipe de mécanos. Tous se souviennent de ses visites lorsqu’il déambulait entre les ponts pour regarder de plus près la préparation des Austin, des Mini-Cooper, des Rover puis des Range Rover de course. Des moments de détente très appréciés par Dominique Lemoyne qui, lui, était chef d’atelier.

Coluche adorait l’atmosphère de l’atelier. Le bruit du cliquetis des clés à molettes, l’odeur d’huile chaude. Le crépitement des pneus sur le sol le faisait vibrer. Parfois, il empruntait la combinaison de bleu de travail de Dominique Lemoyne pour servir les clients. Jamais avare d’efforts, il aimait riveter les plaques d’immatriculation des véhicules qui venaient d’être vendus. Les clients de Montrouge qui connaissaient déjà Coluche n’en revenaient pas, certains pensaient que c’était pour l’émission « Caméra cachée ! ». Quelques jours avant le départ du Paris-Alger-Dakar 1981, en observant la Range Rover VSD sur un pont, Michel Coluche avait confié à René : « Si un jour je fais le Paris-Dakar, ce sera avec toi. »    

Tout le monde savait que Michel Coluche avait un goût particulier pour la vitesse, surtout sur deux roues. À défaut, pour ses déplacements dans Paris, il s’achète une magnifique Harley-Davidson. Lorsqu’il partait en province pour un spectacle, Coluche avait pour habitude de laisser sa moto au garage pour que tout le monde puisse l’admirer, pensant aussi qu’elle était plus en sécurité dans la vitrine d’Autorama 92. Donc, durant son absence, la moto dormait bien sagement au garage sous les yeux bienveillants de toute l’équipe du garage. Mais voilà, un beau matin, René arrive au bureau et se rend compte que l’immense vitrine était en miettes par terre. Stupeur, la moto du beau-frère avait disparu. Sur le coup, René se demande comment il va annoncer la mauvaise nouvelle à son beau-frère. Finalement, sans rentrer dans les détails, René m’avait confié que tout s’était bien passé.

En 1977, René s’engage aux 24 Heures du Mans pour rouler avec Anny-Charlotte Verney et Dany Snobeck sur une Porsche Carrera 911. De temps en temps, Coluche rejoignait René sur les circuits pour découvrir l’ambiance de la compétition de haut niveau. C’est sans doute à force de côtoyer les circuits que Michel Coluche eut l’idée de battre un record du monde de vitesse : « Tu verras, René, ce jour arrivera. » Alors, qui, mieux que René, pouvait l’encourager dans sa démarche ? Battre le record du monde à moto dans la catégorie 750 CC l’obsédait de plus en plus. Toujours inspiré par Georges Monneret qui avait pour habitude de battre des records à moto dans les années 60/65, il se disait : « Pourquoi pas moi ? » Sachant que le dernier record sur 750 CC datait de 1972 par un certain Hobbs chronométré à 219 km/h.

Finalement, ce jour arriva le 29 septembre 1985 sur le circuit Ale de Nardo, au sud de l’Italie. Après plusieurs tentatives infructueuses sur sa 750 Yamaha OW 31, Coluche finit par améliorer ses essais et décida avec son équipe de lancer le défi qu’il attendait depuis des années. Cette fois, la moto est préparée par les deux mécaniciens du champion du monde Christian Sarron. Et là, ça change tout. Il finit par battre le record du monde de vitesse lancée à 253,087 km/h sur piste. Ce jour-là, Michel Coluche entrait dans l’histoire du sport mécanique.

Daniel Balvoine et J. Luc Roy sur le Paris-Dakar 1983

En 1986, c’est le comble de l’effroi. Daniel Balavoine décède le 14 janvier 1986, Thierry Le Luron le 13 novembre 1986 et Coluche le 19 juin 1986. Les trois mousquetaires avaient pourtant une belle et déjà grande carrière. Pour beaucoup d’admirateurs, Michel Coluche était un chic type avec un cœur énorme. Auteur : Gilles David. Crédit photos : collection privée.

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