Le 3 janvier 2024, notre copain René Metge faisait son dernier tour de piste, laissant derrière lui un immense vide. Le jour de ses funérailles, ils étaient nombreux à Antony pour lui rendre un dernier hommage. Le 18 janvier 2024, sur le parvis de la Paroisse Saint-Saturnin, tout le monde s’accordait à dire que René était le sportif le plus accompli dans le domaine du sport mécanique. Beaucoup d’entre eux avaient croisé le fer avec lui sur les circuits ou en Tout-Terrain. Il a commencé sa carrière comme apprenti mécanicien, puis, il est devenu pilote moto connu et reconnu, pilote automobile professionnel, copilote, préparateur moteur, chef d’entreprise et organisateur de Rallyes-Raids aux quatre coins du monde.



Son parcours est incroyable. À 18 ans, René Metge achète sa première moto, une Derbi 50 CC, avec laquelle, il fera ses premières courses sur circuits. Particulièrement doué en mécanique, il passe ses week-ends à donner un coup de main dans le garage du motard Georges Monneret. Son rôle, c’est d’essayer les petits bolides, et de régler la motorisation pour qu’ils soient toujours plus performants. En 1966, l’idée lui vient d’ouvrir un garage pour entretenir et retaper des Renault 4 L. En attendant de réaliser son rêve, il passe ses week-ends à retaper une 2 CV, pour le plaisir.



Convaincu du talent du jeune motard, Lucien Forestier qui est installé à Malakoff lui propose de rouler avec sa Mini Cooper’s à Montlhéry en 1967, sur l’épreuve ‘’Des Palmes d’Or’’. Contre toute attente, René remporte la course. Grâce à cette victoire, les passionnés d’autos de course et les clubs de motos installés sur Montrouge et Malakoff, sont rapidement informés de la victoire de René Metge. C’est le début d’une longue histoire.

Quelques semaines plus tard, il récidive sur le Rallye de Touraine. Cette fois, sa carrière démarre sur les chameaux de roues, puisqu’il participe à différentes épreuves avec la Cooper’s, et aussi avec une Simca 1000 Rallye, en 1970. C’est là, qu’il est remarqué par Renault Colin Montrouge. Les deux années suivantes, René brille avec une R12 Gordini avec laquelle il sera sacré Champion de la Coupe Gordini, en 1972. Puis en 1973, il pilotera une Formule Renault.



Qu’il roule sur l’asphalte ou sur la terre, René Metge restera un virtuose et un chef d’orchestre dans beaucoup de domaines. La première partie de sa carrière est partagée entre Vanves, Montrouge, puis à Malakoff dans le garage Forestier, qui plus tard, allait devenir ‘’Autorama 92’’. Lucien Forestier décide de prendre sa retraite et propose à René de lui racheter le garage avec des billets à ordre. En quelques années, Malakoff devient rapidement le rendez-vous incontournable des passionnés de voitures de course.


Dans ce grand espace dédié à l’automobile, il planait un parfum d’aventure et une odeur d’huile moteur, qui ne laissait personne indifférent. La concession British-Leyland »Autorama 92 » exposait des dizaines de Mini-Cooper dans la grande vitrine et l’Ave Pierre Brossolette. Puis, Rover sort la première version de la Range Rover. Cette voiture aux allures de baroudeurs devient la première camionnette ! 4×4, qui allait connaître une fulgurante ascension dans le monde de la compétition. Pour booster les ventes, René exposait plusieurs Range Rover flambants neuves dans la vitrine et sur le trottoir, à côté des petites Mini.


Fort de la robustesse du véhicule, René est convaincu que cette Range Rover bien préparée pourrait remporter la prochaine édition du Paris-Alger-Dakar. C’est très exactement ce qu’il va se passer. Il gagne l’épreuve en 1981 avec Bernard Giroux avec la Ranger VSD # 212. Cette victoire renforce les esprits. Dans le garage Autorama 92, tous les ponts élévateurs furent vite pris d’assaut. Tout le monde voulait ce véhicule. À l’intérieur, ça ferraillait dur, le cliquetis des clefs à molette, les pots d’échappement Devil et le ronronnement des V8 retentissaient dans toute l’avenue Pierre Brossolette. Entre deux ventes, René continue à parcourir le monde pour faire la promotion de ce véhicule, que ce soit en voiture, en camion, en ski-doo ou en hélico, il traverse la planète en long et en large. « Nous ne sommes pas capables, si nous n’en avons pas pris les moyens. » À cette époque, le garage Autorama 92 vendait 500 Range par an. Un record inégalé par la marque.



Depuis, cette victoire sur le Paris-Dakar, René Metge force le respect auprès de ses pères et du public. Changement de braquet ! en 1984, avec le soutien sans faille de Jacky Ickx, l’usine Porsche souhaite engager trois véhicules sur le Paris-Alger-Dakar. Jacky pense qu’une Porsche 911 peut détrôner les camionnettes ! et gagner cette grande épreuve, si la troisième Porsche »porteuse d’eau ! » est conduite par l’ingénieur de Stuttgart. Pari gagnant pour la firme, puisque René remporte l’édition 84 et l’édition 86 avec la Porsche Rothmans 4×4, avec son copilote et chef d’atelier d’Autorama, Dominique Lemoyne.



Fidèle à la marque, René participe à six éditions des 24 du Mans avec Porsche, comme pilote indépendant, puis comme pilote officiel de la firme de Stuttgart. Puis en 2003 avec une Chrysler Viper GTS. Il aura partagé le volant avec plusieurs grands pilotes des 24 Heures : Anny-Charlotte Verney, Claude Haldi, Dany Snobeck, Patrick Bardinon, François Servenin, Alex Liop, Ballot-Léna et Nick Mason (batteur des Pink Floyd).



Non seulement René brille en compétition internationale, mais il est aussi connu comme un remarquable préparateur, organisateur hors pair, copilote et un traceur de pistes inégalé. Dans la vie en général ou en compétition, tout le monde appréciait cet homme rempli d’humanité. Sa courtoisie et sa gentillesse faisaient l’admiration de tous, y compris dans la presse spécialisée.



Personne n’a oublié sa fulgurante ascension avec Mini-Cooper’s, R12 Gordini, Formule Renault, Triump Dolomite Sprint, Range Rover VSD, le 4×4 Mercdes 280 GE, BMW Marlboro, la Citroën Visa 4×4, Porsche 911, 935 K3, 944 Carrera, 956, 959, 961, la Ford Sierra Cosworth, Rover 3,5 L Nissan Dessoude, Rover Métro 6R4, 504 4×4 Dangel, Matra Murena, Camion Leyland, camion Man, camion Perlini…



Sa force pour faire découvrir le monde aux participants, c’est qu’il connaissait toutes les autorités et la politique de chaque pays qu’il traversait. Peu de gens ont cette capacité de s’adapter aux exigences des président.e.s, des ministres d’une République ou d’un Roi. L’exemple parfait fut sur le Paris-Moscou-Pékin, en 1992. Outre les 18 000 km de course, la grande nouveauté sur cette extraordinaire épreuve, était la parfaite organisation. Tous les soirs, au bivouac au fin fond du désert de Gobi, Jean-Léonard Vigne de »Mondial Chapiteaux » montait un immense chapiteau pour que les concurrents puissent diner dans de bonnes conditions.


« Gentleman driver », pour certains, pour d’autres, un vrai pote fidèle avec ses amis, qui a consacré toute sa vie au sport mécanique. Durant nos déplacements en France et à l’étranger, lorsque René croisait des admirateurs sur un rallye, un circuit, un salon, une foire ou sur d’autres manifestations liées à l’automobile, les passionnés avaient toujours le même discours. « Je suis très heureux de vous rencontrer, Monsieur Metge. Pour moi, vous êtes une légende.» Tout au long de sa carrière, il s’était fixé un cap : toujours être au top de la performance, peu importe les sacrifices.



Jacky Ickx » Ma rencontre avec René Metge a été une très belle chose. Depuis longtemps, j’étais admiratif de cet homme. Dès notre première rencontre, sa gentillesse et sa courtoisie m’ont tout de suite plu. Sans doute que la plupart des admirateurs connaissaient la grande carrière de René, pour ma part, en dehors de nos rencontres sportives sur les Paris-Alger-Dakar, son propre parcours auto/moto, m’était méconnu. Mais, ses connaissances du terrain, et ses qualités humaines m’ont fait découvrir de nouveaux environnements et des populations chaleureuses, que je ne pouvais soupçonner. Si René était un grand pilote, il était aussi pour moi un ami précieux et brillant, d’une très grande valeur. La firme Porsche de Stuttgart lui doit beaucoup d’avoir monté ces véhicules sur la plus haute marche du Podium, pourtant, personne au départ n’aurait mis un franc sur ce pari et le Cow-Boy de Malakoff « .


Quelques jours avant son départ, René m’avait dit : »Gilles, il ne suffit pas de regarder les étoiles, mais de devenir une étoile, parmi les étoiles ! ». Mon cher René, même si aujourd’hui, tu n’es plus avec nous, tu peux constater que personne ne t’oubliera. Auteur : Gilles David (gd.redaction@orange.fr). Crédit photos : Collection privée et Eric Vargiolu. DPPI.
Belle et heureuse année 2026. Gilles David.
