
Il y a quarante ans, le mardi 14 janvier 1986, lors du Paris-Alger-Dakar, le Petit Prince s’en est allé. Thierry Sabine et quatre autres forçats de la piste nous quittaient dans un accident tragique. L’édition de 1986, longue de plus de 14 000 kms restera tristement marquée par l’accident d’hélicoptère survenu près de Gourma-Rharous, au Mali. À bord, François-Xavier Bagnoud, Thierry Sabine, Daniel Balavoine, Nathalie Odent et Jean-Paul Le Fur, y trouvent la mort.


En 1985, Daniel Balavoine avait dit aux journalistes : « Si je n’étais pas chanteur, personne ne viendrait me demander pourquoi je participe au Dakar ? ». Thierry Sabine s’était souvent impliqué en Afrique à travers une association qu’il avait créée pour fournir des pompes à eau. Ce qui justifiait la présence de Daniel Balavoine sur le Rallye. Après une journée de repos bien méritée à Niamey, une 14ᵉ étape longue de 845 km allait prendre la direction Gourma-Rharous, au Mali. Une journée qui débute bien avant l’aube, compte tenu de la distance à parcourir. Thierry Sabine et le commissaire de course donnent le départ au premier motard. Ce jour-là, le plafond reste bas, et le vent de sable souffle de plus en plus fort.

Puis, Thierry Sabine part de l’aéroport de Gao pour rejoindre Daniel Balavoine. Arrivés à 10 h 30, les deux compères s’entretiennent avec le gouverneur de la région pour évoquer les pompes à eau installées sur son territoire. Il leur fait part des problèmes de l’action humanitaire, car les autorités du pays bloquent les camions des »Paris du Cœur » à la frontière. Les échanges se prolongent jusqu’à 16 heures. Thierry Sabine propose à Daniel Balavoine de le suivre afin de donner le coup d’envoi d’un match de foot disputé entre l’équipe de Gao et de Mopti. L’hélicoptère est piloté par François-Xavier Bagnoud, un pilote chevronné connu et reconnu par ses pères. Le pilote devait embarquer cinq personnes, dont Yann-Arthus Bertrand, qui finalement cède sa place à Daniel Balavoine, au dernier moment. Ça tombe bien, Daniel Balavoine n’avait jamais volé en hélico.


Vers 18h30, l’équipage décolle de Gao en direction de Tombouctou, alors que le vent de sable balaye le Ténéré, et que la nuit commence à tomber. Malgré tout, ils prennent la direction de Gourma-Rharous. Mais, trente minutes plus tard, l’hélico doit se poser une première fois, car les conditions de vol ne sont plus garanties, et parce que la tour de contrôle de Tombouctou n’arrive pas à allumer le balisage de la piste sur Gourma-Rharous. Malgré les contraintes, l’hélico repart, mais par manque de visibilité, il se pose une seconde fois à seulement 21 km du bivouac de l’étape arrivée. Les minutes s’écoulent, la pénombre s’installe dans ce désert aride.


Vers dix-neuf heures, Thierry Sabine arrête la Lada de Pierre Lartigue et Bernard Giroux qui passent à côté de l’hélicoptère. Sa radio fonctionne très mal dans ce triangle, alors, il demande à Pierre Lartigue de prévenir le QG, dès son arrivée au bivouac : « Une fois que vous serez au bivouac, qu’ils envoient un 4×4 pour venir me chercher, j’ai un briefing à préparer, et je dois expliquer aux concurrents que l’étape de demain fait 1 000 km. ».

Arrivé au CP, Pierre Lartigue prévient Patrick Ressejac et Bernard Didelot d’Africatours. Rapidement, un véhicule part à leur rencontre. Après 45 minutes d’attente, impatient de voir arriver un véhicule de l’orga, Thierry Sabine demande à François-Xavier de redécoller, malgré le manque de visibilité. À l’horizon, tous feux arrière allumés, l’équipage du Pajero # 347 roule pleine balle vers l’arrivée. Dans l’habitacle du Mitsubishi, l’équipage entend bien les pales de l’hélico qui sifflent au-dessus d’eux, les suivant comme leur ombre, dans cette immensité.


Mais, à une dizaine de km de l’arrivée, l’équipage du 4×4 aperçoit dans le ciel une boule de feu qui éclaire tout le Sahara. Ils comprennent rapidement qu’il vient de se passer quelque chose de grave. Le pilote du Pajero se dirige au plus vite vers la lumière et constate le drame qui vient de se produire. L’hélico de TSO était en mille morceaux, en feu et complètement désintégré. Ne pouvant plus rien faire, ils reprennent la piste à toute vitesse pour aller chercher du secours. Ensuite, Mano Dayak arrive sur les lieux et se met à fouiller les décombres, pensant que sa femme Odile était dans l’hélico, alors qu’elle était restée à Tombouctou avec Jean-Luc Roy. Il passera une partie de la nuit à chercher. Finalement, il dira : « Il n’y a plus de doute, acceptez l’inacceptable. »

Ce jour-là, cinq personnes trouvent la mort : François-Xavier Bagnoud, Thierry Sabine, Daniel Balavoine, Nathalie Odent et Jean-Paul Lefur. Lorsque tout le monde apprend la nouvelle, c’est la stupeur au bivouac. Raymond Loizeaux dira à René Metge « J’ai vu des corps mutilés et des débris d’hélicoptère étalés sur 200 mètres. » Depuis, l’arbre de Thierry Sabine repose en paix dans le désert du Mali.


Thierry avait dit deux jours auparavant sur Radio-Niger : « Il y a deux choses que je souhaite dans ma vie : faire découvrir l’Afrique à ma fille et mourir dans le Sahel. » Posté au bivouac, Patrick Verdoy reçoit un message : »Le pire est arrivé ». En quelques secondes, des pluies de larmes tombaient sur le bivouac, il était temps de se recueillir.


Comme l’aurait voulu Thierry Sabine, malgré la douleur qui a envahi la caravane, le Paris-Alger-Dakar 86 ira jusqu’à son terme, malgré le goût amer qui régnait sur cette édition maudite. Durant des années, plusieurs milliers de concurrents se sont arrêtés pour saluer l’âme de Thierry Sabine et les autres forçats de la piste. Force est de constater que quarante ans plus tard, cette cicatrice n’est toujours pas refermée. De toute façon, tant qu’il y aura des vivants, nos chers disparus vivront.

Parmi les anciens du Paris-Dakar, l’ancien motard Philippe Vassard, Yves Tartarin, ancien pilote auto du Paris-Dakar, continuent à faire vivre cette épopée à leur manière. En hommage à Thierry Sabine, Philippe Vassard organise la 3ᵉ édition du Rallye La Route des Légendes, les 25, 26 et 27 septembre 2026. De Versailles, vous y découvrirez des magnifiques motos et autos d’une époque que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître ! Contact : 06 07 15 31 10. www.laroutedeslegendes.com

Yves Tartarin, un pilote chevronné qui est passé de la conduite sportive à l’organisation de Rallye-Raid. Pour sa 5ᵉ édition, son épreuve change de braquet, elle s’intitule dorénavant »1000 % RAS. Rallye Aventure et Solidaire » du 3 au 10 octobre 2026 (Maroc). Ouvert aux équipages 100% féminins, 100% masculins et mixtes. Contact : 06 62 52 65 65. www.1000ras.com
Auteur : Gilles David (gd.redaction@orange.fr). Crédit photos : DDPI. Eric Vargiolu, Frédéric Le Floc’h.